Graffitis, police et souveraineté

Le site web du journal Le Québécois publiait hier un texte à la fois ridicule et inquiétant. Le texte relatait de l'arrestation récente de trois militants du Réseau de résistance du Québécois (RRQ) pour avoir produit des graffitis pro-souveraineté du Québec.

Patrick Bourgeois, auteur du texte et directeur du journal, dénonce cette arrestation pour plusieurs raison. Entre autre, le communiqué défend le fait de graffiter, soulignant que dans une lutte politique, le mur est un médium d'expression comme un autre et que son utilisation devrait être à 100% légale. C'est une opinion qui se défend. Mais présentement, c'est illégal, ce que les trois militants savaient pertinemment avant de commettre leur geste. Alors que de les voir pleurer parce qu'ils se sont fait prendre est complètement ridicule.

Ce qui est moins ridicule, voire carrément inquiétant, fut la raison pourquoi eux, et non les auteurs d'autres graffitis, furent arrêtés. De l'aveu même des policiers qui se sont chargés du dossier des trois militants du RRQ, les graffitis à saveur souverainiste sont dans la mire de la ville de Québec. Raison? Le 400e anniversaire de la ville. Ces graffitis ne donnent pas une bonne image de Québec, toujours selon ces policiers, alors l'administration municipale a alloué des ressources financières supplémentaires pour les éradiquer. Les politiciens veulent-ils montrer l'option souverainiste comme étant marginale au moment où les caméras de partout dans la francophonie sont braquées sur la capitale québécoise? Cherchent-ils à cacher qu'un important débat constitutionnel continue de faire rage au Québec? Cherchent-ils à cacher que la fondation de Québec est l'élément déclencheur de l'histoire qui a mené au débat sur la souveraineté du Québec? Ça fait penser aux autorités chinoises qui à l'aube des Jeux Olympiques de Pékin, font tout pour cacher le combat des Tibétains: tout le monde est uni chez nous, tout le monde est heureux chez nous.

Ce dérapage est dangereux. Si on choisit de réprimer la création de graffitis, alors ça doit être fait de façon équitable. Hors de question de les trier en fonction du message véhiculé: la légalité ou non doit être le seul critère. De mettre l'accent sur la répression envers une opinion politique en particulier est un pas de plus vers un État qui contrôle les pensées. Une saine démocratie repose sur le combat des idées. Ainsi, en faisant exception des positions discriminatoires (racistes, sexistes, etc.), toute position politique doit subir le même traitement.

Également, il y a un dérapage du côté des conditions de remise en liberté des trois individus. Plutôt que de décréter des conditions en lien direct avec l'accusation de méfait, en plus des conditions habituelles voulant que les accusés ne se parlent pas et gardent la paix, le juge a ajouté des conditions ciblant directement le RRQ: ne pas être présents à la manifestation du RRQ le 1er juillet à Québec, ne pas participer à une activité du RRQ et ne pas assister à une réunion du RRQ. Donc pas de RRQ, mais une activité du Conseil de la souveraineté, par exemple, serait acceptable. Comme si l'État n'aimait pas cet organisme radical qu'est le RRQ et voulait donner l'exemple en terme de choix d'implication sociale... à bien y penser, oubliez le « comme si ».

Voici l'État policier, messieurs-dames. Un État où l'appareil judiciaire veille à ce que seulement quelques opinions bien choisies soient affirmées, et à ce qu'elles le soient de la façon que l'aura décidé la classe dominante. Est-ce que les trois militants ont couru après le trouble? Certainement. Mais il faut que cesse cette répression politique abusive. Que les idées du RRQ soient bonnes ou pas n'a aucune importance. La liberté d'expression doit demeurer, point.