Le mauvais féminisme
Voici un exemple classique de commentaire qui discrédite la mouvance féministe, dont je me réclame. Croire quelqu'une meilleure que l'autre en ayant comme premier critère son sexe féminin, ça n'a aucun sens. Or, le cirque se met en branle avec la victoire de Barack Obama comme candidat démocrate. Et on n'a pas besoin de chercher bien loin ces commentaires douteux, il suffit de lire Michel Vastel sur son blogue:
J’entends d’ici les applaudissements et les cris d’émerveillement de tous ces gens politiquement corrects qui ne voudraient pas que leur fille fréquente un noir mais qui trouvent que cela fera tellement ‘tendance’ d’avoir un noir à la tête du pays. Eh bien non! Je ne marche pas là-dedans.
Je dis que c’est une terrible nouvelle pour toutes les femmes des États-Unis, qui constituent, à tous points de vue, une majorité encore une fois victime de discrimination. Cela fait longtemps que c’est le tour des femmes en politique – ici aussi d’ailleurs. Certains pays – la Grande Bretagne et l’Allemagne en particulier – ont réussi. Mais on dirait qu’ici en Amérique du Nord, nous sommes trop ‘macho’.
Les filles sont meilleures que les gars! Il me semble que j'entendais ça quand j'étais en maternelle...
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Waow, merci de m'avoir fait
Waow, merci de m'avoir fait lire ce texte !
Je suis d'accord sur le premier point : bien des gens vont s'émerveiller de voir un Noir à la tête du clan démocrate, et peut-être même devenir président des États-Unis. Plus encore que de simplement être "tendance", ça démontre une image progressiste des États-Unis, de montrer que le racisme est terminé. Et pourtant, c'est fou : des familles étasuniennes seraient prêtes à ce que leur pays soit dirigé par un Noir, mais refuseraient catégoriquement qu'un Noir fasse partie de leur famille. Le racisme aux États-Unis n'est jamais loin.
Par contre, ça me bouleverse énormément aussi d'entendre le second point : c'est triste qu'un Noir remporte la course à la chefferie plutôt qu'une femme. Hein ? Et vouloir à tout prix que les femmes prennent des postes d'importance en politique, n'est-ce pas "tendance" ça aussi ? Loin de moi de dire qu'une femme serait incompétente en tant que cheffe d'un parti politique ou à la tête d'un pays : ça me réjouit de voir plus de femmes en politique. Elles peuvent être compétentes au même titre que les hommes peuvent être compétents ; ça me fait plaisir de voir que la politique n'est plus un "métier d'hommes". Mais vouloir à tout prix les mettre à l'avant-scène parce qu'elles sont des femmes, ça m'exaspère.
C'est dommage, parce que dans la suite de son texte, M. Vastel dit qu'il pense que Mme Clinton serait une candidate plus progressiste, qui permettrait aux États-Unis de prendre un nouveau virage, alors que M. Obama aurait des ambitions plus conservatrices. (Je ne me positionne pas là-dessus, je ne me renseigne pas vraiment sur les candidats de la campagne étasinuenne.) Néanmoins, ça, c'est un motif de s'attrister de la victoire d'un candidat : le fait que les électeurs et le candidat partagent une vision commune ou non. Ça, et non pas le fait que l'un soit un homme et l'autre une femme, noir ou blanc.
Au-delà de l'apparence d'une personne (homme, femme, noir, blanc, jaune, rouge, rose à poids verts...), serait-il simplement possible de voir un candidat, une personne humaine ? Ça, ce serait progressiste.