Des écoles afrocentristes à Montréal?
Laura-Julie Perreault
La Presse
31 janvier 2008
Inspiré par une décision de la commission scolaire de Toronto, qui veut créer une école publique faisant une place importante à l'enseignement de l'histoire des Noirs et à la promotion de l'héritage africain, le président de la Ligue des Noirs du Québec, Dan Philip, aimerait que des écoles semblables soient mises sur pied à Montréal.
«Ce genre d'école est nécessaire quand on constate le taux de décrochage au sein de la communauté noire», plaide Dan Philip. «Ce serait une bonne idée d'avoir une école qui redonnerait aux jeunes la fierté d'être Noirs», croit-il.
M. Philip fait ainsi écho aux arguments qu'ont entendus mardi soir les commissaires de la Commission scolaire du district de Toronto. Pour contrer le décrochage scolaire qui touche 40% des jeunes garçons noirs de la Ville reine, des parents ont proposé qu'une école alternative afrocentriste voit le jour.
Après un débat de quatre ans, les commissaires ont accepté à 11 contre 9 que le nouvel établissement ouvre ses portes en 2009. Le programme académique de cette école, qui sera située dans un quartier de la ville où la communauté noire est prépondérante, reste à déterminer.
Vifs débats
Le projet a donné lieu à de vifs débats mardi soir. Alors que plusieurs membres de la communauté noire de Toronto ont loué les avantages d'une école qui aurait pour mandat d'enseigner aux jeunes la richesse de leur héritage et de leur faire connaître les grands hommes et les grandes femmes qui les ont précédés. Loreena Small, la mère d'un jeune Noir abattu en mai dernier alors qu'il était à l'école, s'est opposée vivement au projet, craignant qu'il ne cause davantage de ségrégation. La seule commissaire noire qui avait le droit de vote a elle aussi dit non à l'école afrocentriste.
Néanmoins, à la suite de la décision majoritaire des commissaires, le président de la commission scolaire, John Campbell, a assuré hier que le projet ira de l'avant. «Cela montre que nous sommes préparés à répondre aux besoins de la communauté» qui constate que les jeunes Noirs ne réussissent pas bien dans le système actuel, a-t-il dit en entrevue à CTV.
Deux villes, même combat
Dan Philip note que la communauté noire de Montréal partage les mêmes craintes que celle de Toronto. Lors d'une étude longitudinale qu'elle a réalisée dans les écoles montréalaises, la chercheuse Marie McAndrew, de l'Université de Montréal, a démontré que le taux d'obtention de diplômes des élèves des communautés noires étaient de 51,8% après sept ans, alors qu'il atteignait 69% pour l'ensemble de la population.
Selon le président de la Ligue des Noirs, les écoles afrocentristes ont fait leur preuve, notamment aux États-Unis où elles existent dans plusieurs États. Mais aussi à Montréal. L'école primaire Garvey, fondée dans le quartier de la Petite Bourgogne dans les années 80, a existé jusqu'en 2006. Cette école privée, qui a compté de 150 à 288 élèves au cours des ans, enseignait un curriculum afrocentriste. «Environ 30% de nos élèves étaient issus des communautés noires. En général, ils ont mieux réussi que la moyenne», a dit hier à La Presse Patrick Filiatrault, un des administrateurs de l'Institut Garvey.
L'école primaire a disparu, mais l'Institut maintient des programmes d'enseignement parascolaires ainsi que des camps d'été. La ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles du Québec, Yolande James, a d'ailleurs déjà suivi des cours le week-end à l'Institut.
Hier, la Commission scolaire de Montréal et la Commission scolaire English Montréal n'ont pas fermé la porte à l'établissement d'écoles afrocentristes à Montréal. «Si nous recevons une demande, nous l'étudierons avec attention. Mais notre première orientation ne serait pas de diviser nos élèves selon leur race», a dit Camille Gagnon de la CSDM.
http://www.cyberpresse.ca/article/20080131/CPACTUALITES/801310597/1019/C...




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