Ce que Reid veut, Dieu le veut
Pendant que toutes les têtes sont tournées vers les tsunamis et les petits vidéos amateurs, Pierre Reid, sinistre de l'éducation du Québec, a, en bon humoriste, annoncé sa toute dernière connerie: le gouvernement du Québec financera à 100% des écoles privées juives, à la condition qu'elles s'associent à une commission scolaire. La raison invoquée par Reid? Éviter que ne se reproduisent des événements antisémites comme l'incendie de la bibliothèque de l'école Talmud Torah Unis.
Qu'est-ce que le laïc, mon Pierrot?
À partir des années 1960, on a entrepris un véritable progrès social consistant au retrait du Clergé catholique de l'État québécois et de ses institutions, donc la laïcisation du Québec. Le domaine de l'éducation résista plus longtemps mais y passa aussi. Lorsqu'on dit privilégier l'éducation laïque, cela signifie privilégier l'éducation qui n'est basée sur aucune religion.
Or, le financement massif d'écoles religieuses va à l'encontre de ce principe. Comme l'a mentionné Pauline Marois au Devoir, «il y a déjà un bon moment qu'on a choisi la division de l'Église et de l'État. La tendance lourde est plutôt d'aller au bout de cette logique.» 1 Le gouvernement ne peut pas encourager la création d'enseignement différent au Québec, sous prétexte que tel dieu n'est pas d'accord avec tel physicien. Nos jeunes ont le droit à une éducation reconnue partout, et pour ça, il faut qu'elle soit la même partout.
Qu'est-ce que le privé, mon Pierrot?
Le gouvernement financera ces écoles à 100%. Toutefois, ces écoles demeureront privées. Donc, si elles génèrent du profit d'une quelconque façon, ce sont elles qui empocheront, et non les réels investisseurs, soit nous, citoyens, qui finançons ces écoles de par nos impôts. Supposément que ces écoles ne pourront plus demander de frais de scolarité aux parents qui y envoient leurs enfants. Toutefois, ceci ne sera pas respecté par ces écoles 1, qui empocheront tout bonnement les quelques milliers de dollars par ans que doivent débourser les parents.
Ça fait beaucoup de profit, ça. Déjà que ces écoles auraient dù être prises sous le régime d'éducation public, puisque c'est ce dernier qui les finance entièrement, il faudra en plus que les actionnaires de ces écoles augmentent de façon considérable les profits qu'ils feront, et ce, sur notre dos! Nous en sommes rendus à mettre notre argent directement dans la poche de ces actionnaires!
On ne se demande pas où s'en vont les 103 millions de dollars des prêts et bourses... vraiment pas, non...
En conclusion...
Ce financement est tout simplement innacceptable. Non pas parce que ces écoles sont juives, mais parce qu'elles sont religieuses! Il s'agit d'un autre progrès social qu'on semble parti pour jeter à terre.
Vous savez ce que j'en pense, de tout ça, en gros? Ça sent les retours de pots de vins!
1) «Financement à 100% d'écoles privées juives: un recul, dit la CSDM», Radio-Canada.ca, 13 janvier 2005
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Je suis totallement en accord avec toi, mais en quoi le fait de financé a 100% des écoles juives émpêcherais des actes de vandalistes?
Moi être un vandale, ce genre d'annonce me donnerais des munitions...
Inacceptable, en effet.
Pour une question de religion? Pas besoin d'aller aussi loin. Dans les faits, le fait même de financer à 100% une école privée, peu importe sa confession, sa langue ou son allégence politique est intolérable dans une société démocratique.
L'ironie là-dedans c'est que ce gouvernement nous prouve une fois de plus deux choses:
1. La seule chose à laquelle il était prêt lors de l'élection, c'est à improviser pendant 5 ans.
2. Ce gouvernement ne travaille pas pour les citoyens mais pour les ti-namis du parti.
Dans la valse des entrevues, le ministre (ou sinistre) Reid a attribué cette décision pour le moins irrationnelle à l'émotion soulevée chez lui par les actes odieux (n'ayons pas peur des mots) qui ont été perpétrés à l'école United Talmud Torah (ne francisons pas à tort le nom d'une institution qui se fait un point d'honneur de porter un nom anglais).
Franchement?! Est-ce que ça veut dire que si on fait brûler le Grand Séminaire de Montréal, le gouvernement va payer la formation des prêtres catholiques? Dans ce cas, fouttons le feu à nos écoles publiques, avec un peu de chance, le gouvernement se décidera peut-être à rénover ses bâtiments à l'entretien défaillant depuis plus de 30 ans! Peut-être se décidera-t-il enfin à garnir ses maisons d'instructions de bibliothèques décentes.
Ne rêvons pas. Ce gouvernement vient de créer un précédent qui pourrait être fort dommageable tant pour les finances publiques que pour le système d'éducation québécois. À quand le financement total du reste du réseau privé? Cette éventuelle demande de l'association des écoles privées ne serait que justifiée.
Extrapolons un peu:
Ce gouvernement décide de financer les écoles privées juives. Écoles qui, tel que mentionné par la direction à Paul Arcand ce jeudi, conserve tout de même sa main-mise sur le porte-feuille des parents.
Puis le réseau des écoles privées produit une demande en bonne et due forme afin de profiter du même financement. Demande que ce gouvernement n'a d'autre choi que d'accepter afin d'être "équitable"
Le système privé ainsi financer peut maintenant se targuer d'offrir à faible coût (pour les richissimes parents) des études de qualité suppérieure à leurs élèves triés sur le volet. Ainsi donc, l'Élite a droit à un traitement de faveur à grand frais au privé alors que les moins favorisés (les pauvres, les assistés sociaux, les familles issues de l'imigration catholique), que nous appelerons, pour la cause, les "cancres", seront condamnés à dépendre du système public. Entendons-nous maintenant sur le fait que ces "cancres" constituent près de 80% (si ce n'est 90%) de la population étudiante.
Calculons:
Revenues à la charge du gouvernement mais exigeant toujours la même contribution des parents, les institutions privées augmentent substanciellement leur budget alors que le régime publique se voit dans l'obligation de se serrer la ceinture pour financer les nouvelles lubies de son gouvernement.
De ceci, on peut conclure:
Que le financement du secteur publique diminuera. Ainsi, privés de moyens, les enseignants seront moins performants, réduisant substanciellement la qualité de l'enseignement aux 80% à 90% des jeunes québécois auxquels ils doivent offrir un service. De l'autre côté, 10% à 20% des étudiants québécois auront droit à un enseignement de qualité suppérieure financé par la même poche. Les 90% de cancres deviendront une main d'oeuvre bon marché pour les 10% d'instruits. Vive le conseil du patronat!
La réalité:
En ouvrant la porte aux institutions religieuses, ce gouvernement met en danger les bases du nouveau modèle québécois. Il permet aux communautés religieuses ET au système d'éducation privé de se servir à pleines poignées dans le financement dédié au système public. Ce type de financement ramène le système d'éducation avant la réforme de 1997 et le gouvernement à l'époque de Duplessis. Il s'agit en fait d'une pièce de plus au casse-tête libéral visant à "réinventer le Québec", créer un Québec des "Temps Modernes" (vous savez, l'époque historique juste avant la période contemporaine?). Un retour au moins 40 ans en arrière vers une époque où le patronat et la religion étaient rois et maîtres. God save the queen!
La finale ironique:
Tant qu'à retourner en arrière, profitons-en pour revenir à l'essence du système d'éducation québécois et ramenons les bonnes soeurs. Pourquoi? Ça coûte pas cher pis la plupart enseignaient mieux que les profs d'aujourd'hui!
On est né pour un p'tit pain, faut que ça paraisse!